eva florencia

Eva Florencia l'a refermé. Dans le froissement du papier et malgré la répugnance pour le sang sur le dos du toro, la photo l'a engloutie comme le terrier du lapin blanc poursuivi par Alice. Sauf que pour Eva, le pays des merveilles, c'est désormais l'Espagne, les toros, les toreros. Dans la foulée, elle se jette sur Fiesta d 'Hemingway, achète un dictionnaire de poche italien-espagnol, se rue sur tout ce qui parle d' Espagne et déchiffre les comptes-rendus de corrida dans ABC et El Pais.
Son père, représentant de commerce, et sa mère, professeur de langues, tous deux défenseurs des animaux, prennent mal l'étrange passion de leur fille cadette. En 1994, elle les convainc de partir en vacances en Espagne. Elle découvre Séville, dont elle était «amoureuse» à distance : «J'ai vérifié que ce dont je rêvais existait. J'y ai vu des gens qui croyaient en ce que je croyais : les toros.»
Fugue. Sur le chemin du retour, elle assiste à sa première corrida, à Arles. Elle se fabrique une muleta, imite Ortega Cano.
Un jour, elle disparaît du domicile familial. Eva est mineure. Elle a fait une fugue avec un passeport périmé. Train, auto-stop, autobus, elle feinte la Guardia civil au poste frontière de Port Bou. Deux semaines plus tard, Interpol la localisait. Son père et le consul d'Italie la récupèrent à Séville. Retour en Italie.
Eva abandonne alors ses études, travaille comme serveuse, attend sa majorité et, enfin, s'installe à Séville, dans le quartier de la Vierge-de-la-Macarena, pour qui elle éprouve depuis une dévotion particulière. Elle s'inscrit à l'école de tauromachie mais ne s'est jamais mise encore devant une vache. Elle convainc l'éleveur Buendia de l'inviter à une tienta : «D'accord pour demain à 4 heures.» Elle s'y rend en vélo avec sa muleta.
La première vache qu'elle torée la bouscule violemment, huit fois. Le matador José Luis Parada, qui participe à la tienta, remarque son opiniâtreté et la conseille, ce qu'il fait encore aujourd'hui. Une autre fois, renversée par une vache et moulue de coups, un participant à la tienta la relève, la prend dans ses bras.
Elle n'en est jamais redescendue. Ce sont les bras d'Antonio Vazquez, dit «El Vinagre» (le Vinaigre).
Depuis ils vivent ensemble à Higuera de la Sierra. Le «Vinaigre» est un ancien novillero qui n'a pas poursuivi après son alternative. Il est désormais son Pygmalion.
Eva finit par être engagée dans des novilladas sans picador, comme à El Alamillo, où elle coupe une queue. Elle torée autour de Séville et obtient de bons succès à Carmona, à Los Palacios et dans les environs de Aracena, dans l'Andalousie des chênes-lièges, comme à Santa Ollala de Cala, où les toros vont se planquer derrière un gros laurier-rose. Où encore comme à Santa Ana La Real, où il n'y a qu'une novillada par an et avec un seul toro acheté après une quête dans tout le village.
Depuis deux ans, c'est elle qui le combat. Mais l'an dernier, la corrida a failli ne pas avoir lieu. La porte du toril était coincée. Il a fallu appeler la Guardia civil pour l'ouvrir. En 1999, chez elle, à Higuera, en deux novilladas, elle a coupé six oreilles et deux queues dans une corrida féminine, et le 21 juillet 2001, elle a fait le paseo à Séville dans une novillada de promotion. Le
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public a demandé l'oreille, qu'elle n'a pas obtenue du président. Elle arborait une cape de paseo avec dessus, et brodé par elle, le blason de Florence. Fuchsia et or. A cette occasion, l'histoire de Eva Florencia, première torera étrangère à toréer à la Maestranza, a fait les choux gras de la presse italienne, et aussi des médias andalous. Cette célébrité lui a donné quelques avantages : l'auto-école de Higuera, pour sa propre promotion, lui a offert des cours de conduite. Certains éleveurs comme Guardiola, Gabriel Rojas, Manolo Gonzalez ou Manuel Prado, l'invitent volontiers chez eux pour tienter et Manuel Diaz el Cordobes lui a offert le costume fuchsia et or dans quoi elle toréait mardi à Hagetmau. En revanche, Rivera-Ordoñez s'est opposé à ce qu'elle participe à un festival à Aracena avec lui.
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