El Juli coulé dans de l'or
FERIA D'ARLES. -- Sombrerero était un manso. Le Madrilène Julian Lopez « El Juli », avec une science du toreo sans égal, a su révéler toute sa noblesseEl Juli coulé dans de l'or
| : Zocato, envoyé spécial |
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| El Juli. Qu'importe si le toro se retournait à l'envers, de la voix, Julian le rappelait à l'ordre et Médor retrouvait sa baballe PHOTO AFP |
El Juli :
Applaudissements et deux oreilles.
Matias Tejela :
Salut au tiers et silence.
Mehdi Savalli :
Silence et salut au centre après deux avis.
Cinq toros d'
El Pilar,
charpentés, hauts et longs (de 500 à 540 kilos; moyenne, 530) et le troisième de
Mercedes Perez Tabernero,
invalide ou presque.
18 h 30 venaient de résonner aux cloches de Saint-Trophime, à 300 mètres à vol de corneilles, celles qui nichent dans la tour nord des arènes quand le toro Sombrerero s'endormit pour toujours. Il y eut dix secondes de silence plus une clameur inouïe. On vit alors des gens s'embrasser, d'autres les larmes sur les joues, certains comme nous jetèrent carnet et stylo. On hurlait pour obliger la présidence à donner la queue, une patte, voire le toro entier à ce diable de Juli après un faenon que lui-même a classé parmi les cinq pyramides de sa carrière. Le palco plus nul encore que la veille n'a rien compris. Ce sont de chiches et ignares personnages obstrués du coeur et de l'esprit. Quelques-uns se proposèrent de les flanquer dans le Rhône mais, en définitive, le peuple de l'aficion est si pacifique que le bonheur et la contemplation n'ont jamais goût de vengeance. Et pourtant...
Caresses. Dès que Sombrerero posa un sabot en piste, Julian s'occupa de tout. Maître de maison. Au picador, il ordonna d'érafler, au peon de brega d'allonger les galops et aux banderilleros de faire fissa. Une tentative de quite avortant, El Juli préféra donc conserver le gâteau pour la muleta. Et là, mesdames et messieurs, du port de La Rochelle aux bergeries du Val d'Aran, accrochez-vous ! En voiture ! D'abord huit passes près des barrières où le manso pensait se sentir chez lui. Huit caresses sans obligation d'achat et un pecho commandé à Tanger et livré en Arles. On était déjà debout. Julian et Sombrerero, d'une noblesse couarde mais chocolatée, prirent leurs quartiers d'été plein centre : deux séries à droite plus longues que Broadway où le toro finira par charger l'ombre de la muleta. En écrivant ces lignes, le frisson demeure. Ensuite El Juli ira, à l'image de ces musiciens qui font le tour des tables dans les restaurants à chandelles, proposer aux quatre coins du ruedo des enchaînements chaque fois plus élaborés, imaginatifs et surtout templés. Qu'importe si le toro se retournait à l'envers, de la voix, Julian le rappelait à l'ordre et Médor retrouvait sa baballe. La lenteur des passes augmentait en majesté, les boucles se dilataient de façon incompréhensible. Comment faisait-il ? On était là bouche bée, pétrifié, incapable de réagir. Sur une gouttière tout là-haut, un chat se mit aussi à toréer. Jamais, ô grand jamais El Juli ne manqua de respect à Sombrerero. Bien au contraire, il en fit un grand toro. Alors une chose incroyable est arrivée. Dans l'ultime cordon de circulaires inversées, Juli s'est transformé en or et l'on dit maintenant au pays de Camargue que les chevaux blancs et les flamants roses sont hypnotisés par cette statue et ne parviennent plus à dormir la nuit.
S'il faut parler des autres, avouons que Matias Tejela eut des gestes propres, hélas gâchés par deux toros faiblots, et que Mehdi Savalli offrit son énorme coeur afin de combler son public : a puerta gayola, liant cinq faroles à genoux, avec les harpons tout feu tout flamme et une muleta joliment rondelette, l'Arlésien fit mieux que convaincre. Plus un seul billet. 20ø4. Un brin de brise.


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